Le gaz naturel est-il un combustible de transition?

Autrement dit, combien le gaz « naturel », de son extraction à sa combustion, génère-t-il de gaz à effet de serre? Pour répondre à cette question, on doit parler des émanations fugitives, ces pertes de gaz à chaque maillon de la chaîne, et de l’effet du méthane sur le réchauffement de la planète.

Le méthane a un potentiel de réchauffement du climat 33 fois supérieur au CO2, sur un horizon de 100 ans, 105 fois sur un horizon de 20 ans. À l’approche du point de bascule climatique, le point au-delà duquel le méthane de l’arctique se libère massivement et le réchauffement climatique s’emballe, nous devons absolument considérer les émissions de méthane sur un horizon de 20 ans. http://3.bp.blogspot.com/-yXpBM4U8WyQ/VS8rjn6ERHI/AAAAAAAAAaM/n5TQbQ0n5C0/s1600/Diagram-of-Doom-Apr-15-2014_FR.pngOr, les fuites de méthane représentent, selon les plus récentes études indépendantes, entre 4% et 9% du gaz produit dans les champs de gaz de schiste. Les fuites se manifestent à toutes les étapes du cycle de vie du gaz de schiste, de la fracturation (0,9% à 3,5%) à la distribution finale (jusqu’à 5% sur les vieux réseaux comme celui de Boston), en passant par la liquéfaction/regazéification et les fuites normales d’équipement (0,3% à 1,9%). Le graphique suivant compare les émissions de méthane fugitives compilées dans différentes études.

Source : Howarth (2014). A bridge to nowhere: methane emissions and the greenhouse gas footprint of natural gas.

Howarth & al. estiment que la filière gaz de schiste perd de 3,6 à 7,9% de son contenu dans l’atmosphère, de 30 à 200% de plus que le gaz conventionnel (1,7%-6%). Sur un horizon de 20 ans, les émissions de méthane de la filière gaz de schiste génèrent 1,4 à 3 fois plus d’effet de serre que la combustion du gaz. L’utilisation du gaz « naturel », même conventionnel, réchauffe davantage la planète que soit substitut solide, le charbon.

Une analyse des études canadiennes arrive à la conclusion que réduire de 45% les émissions de méthane à l’échelle mondiale équivaudrait à fermer le tiers des centrale au charbon de la planète!

« L’établissement d’une chaîne complète, avec liquéfaction, distribution, regazéification et utilisation n’a pour effet qu’une impossibilité d’atteindre les objectifs de réduction de gaz à effet de serre. Rappelons que nos émissions totales en 2050 ne doivent pas excéder 10 Mt.

Or la mise en place d’une exploitation de gaz naturel, avec un scénario de 6500 puits exploités sur une période de 50 ans, en incluant la liquéfaction et la combustion, générerait des émissions annuelles moyennes de 24 Mt CO2eq, soit environ 2 1/2 fois le total des cibles d’émission pour le Québec en 2050. Loin d’être un combustible de transition, le gaz naturel nous enfonce plus profondément sur la voie des changements climatiques. »

(Extrait d’une Allocution sur l’empreinte carbone prononcée par Marc Brullemans devant les députés en juin 2016.)